Notre village

Occupé dès l’époque gallo-romaine, le Mas d’Agenais a plus de 2.000 ans d’histoire. Avec un beau fleuron récupéré  de la période, qui ornait une riche villa romaine : une statue en marbre, dite « La Vénus du Mas », du 1er siècle avant J.C, déposée au Musée des Beaux-Arts d’Agen, le village disposant d’une belle copie, qu’on peut voir dans l’Espace Rembrandt.

Bâti au sommet d’une terrasse calcaire, Le Mas d’Agenais  domine Dame Garonne et son canal, propice aux balades à pied, à vélo, en bateau.

Avec une écluse et une halte nautique, ce canal accueille les plaisanciers dans d’excellentes conditions, un gîte navigant, de belles opportunités de croisière.

Outre le tableau de Rembrandt, abrité dans la Collégiale (XI et XIIèmes siècles), une église superbement rénovée, et riche en décor sculpté roman, le village compte quelques autres trésors : 

  • la Halle au Blé (début XVIIème siècle), environnée de deux restaurants, de plusieurs autres commerces, et de chambres d’hôtes
  • la Halle au Chanvre (1845)
  • le lavoir à cinq pans, restauré au XIXème siècle, et sa fontaine Galiane
  • une porte romane, la seule qui subsiste des cinq hautes portes ouvertes dans le mur d’enceinte en briques, encore apparent, qui protégeait la population et un petit château seigneurial, détruit au XVIIème siècle 
  • une forêt communale de 1.000 ha (la plus grande forêt de feuillus d’Aquitaine),  fort appréciée des randonneurs, des chasseurs de palombes et des amateurs de champignons
  •  et pour passer d’une rive à l’autre de la Garonne, un pont suspendu à l’étonnante architecture (1840). »
Flâner à travers l'histoire du Mas

Le Massédaire

                                                                                                      Le Mas d’Agenais, à travers le temps et les mots,
                                                                                                                      Et au fil des lettres de l’alphabet.
                                                                                                                          Le grand abécédaire du Mas
                                                                                                                                      Ou MASSÉDAIRE


                                                                                             Voyage d’Ussubium au Mas d’Agenais en passant par Pompéjac
                                                                  « Il faut du vrai et du vraisemblable, mais quelquefois, même le vrai ne paraît pas vraisemblable ».
                                                                                                     « Ce sont ses racines qui sauvent l’arbre dans la tempête »


« Inkipit ». Madame Lamothe, ma prof de français de l’époque, faisait tourner le mot dans sa bouche, le savourait, l’articulait avec volupté, le dégustait, avant de le faire éclater et de nous le jeter à la figure. On sentait que ce mot, d’une sonorité un peu barbare et ésotérique, différent des mots de tous les jours, la fascinait, comme il m’a toujours fasciné. Elle se plaisait à l’utiliser, à le répéter sans raison valable. Il devait lui sembler que cela la faisait passer du statut de prof de seconde enseignant à des cancres, à un statut supérieur de quasi spécialiste de la langue française. 

Et cela alors qu’elle torturait sans le savoir ce pauvre mot latin, qui se prononce, comme chacun le sait « Inssipit », avec 2 s. Mme Lamothe était excusable, alors que le professeur de l’Ecole du Louvre (l’Ecole de Louvre !) que j’entendais récemment pontifier au sujet de l’édition « Prinkeps » d’un livre, pour Prinsseps, ne l’était pas. Où va se nicher le snobisme universitaire.


Je chine Mme Lamothe, mais c’est par amitié et nostalgie, parce que, au fond, elle avait diantrement raison d’insister sur l’importance de l’incipit. « Il faut accrocher, harponner l’attention du lecteur par les naseaux, et ne plus le lâcher ». On avait l’impression que toute l’histoire du roman à travers les âges, de Chrétien de Troyes à Robbe-Grillet, tout tournait autour de cet élément indispensable de la littérature. Pour elle, faute d’un bon incipit point de salut. L’auteur pouvait aller se rhabiller car jamais il ne pourrait tenir en haleine son lecteur, lequel lecteur n’a rien demandé, et est en conséquence très exigeant. Cependant, comment croire que l’on va accrocher le lecteur avec : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » ?[1] A première vue, cela ne semble pas donner très envie de continuer, et pourtant …


Et des années plus tard je sais qu’elle avait d’autant plus raison que nos contemporains (moi compris) sont devenus des zombies penchés en avant, hypnotisés par leurs écrans, sautant frénétiquement d’un spectacle à un autre. Comment retenir leur attention au-delà de 30 secondes, avant qu’ils ne passent à autre chose ?


C’est que le sujet est d’importance. Il s’agit de proposer 30 à 40 pages sur le Mas d’Agenais, petit village de Lot-et-Garonne, son histoire, ses grandes heures et ses petites misères. Et tout ça sans répéter, ni paraphraser ce qui a déjà été très bien écrit par les grands ancêtres en la matière, MM. Joret, Burias, Vacqué, Nicolaï, Alis, et autres. Réveiller ou susciter l’intérêt pour notre bourgade. Bien entendu la tâche ne sera pas facile pour moi, qui ne suis, comme on dit en Normandie, qu’un « horsain », ou en vieux français un « forain » et de manière moderne, un expat. Et en même temps d’autant plus objectif. 

Pas facile, il faut avoir le désir de le faire et la volonté. Quand on avance en âge, on n’a plus la volonté de ses désirs, ou bien nos désirs dépassent notre volonté. 

Pour situer le projet, celui-ci est né du départ inopiné de notre chef d’œuvre, notre Christ en Croix, et de son retour qui a paru longtemps incertain. Mais heureusement, après moult péripéties, le tableau prodigue revient au bercail, et quelques citoyens éclairés ont décidé de l’accueillir en grande pompe. 


Après cet incipit, passons à l’exorde (ou avant-propos, pour les nuls en grec). 

Dans le monde entier (ou presque), et j’en ai fait l’expérience (vous pouvez la faire vous-mêmes), l’évocation de notre trésor entraîne une sorte de commisération, ou de mépris, ou au mieux, nous sommes pris de haut. « Quoi, un tableau de Rembrandt, vous voulez bien dire Rembrandt, le géant hollandais ? - Où ça ? Au Mas de quoi ? Il y aurait donc une localité de ce nom ? Et comme ça elle hébergerait un Rembrandt dans son église, tout simplement, ben voyons ! C’est la première fois que j’entends cela. Ce n’est pas une plaisanterie ? ». 

Il y en a assez de cette condescendance, ou pire, de cette indifférence polie, et quelques Massais (je sais, ce mot n’est pas très euphonique), justement indignés, ont décidé de saisir cette occasion unique de faire connaître leur village au monde entier, au-delà des cérémonies officielles avec conseil municipal au grand complet, écharpes et tout, et des hommages d’autres notabilités cantonales, voire départementales. Dame on a affaire à un tableau digne du Louvre, et qui plus est, exposé dans une église (un Christ). Les laïcs sourcilleux, et Dieu sait (si l’on peut dire), que le Lot et Garonne en est farci, ont pu lever un sourcil. 

Des citoyens, à l’esprit néanmoins œcuménique, ont décidé de saisir cette occasion de fraternité au moins républicaine pour faire paraître un opuscule destiné à redorer la notoriété un peu effacée d’un village qui mérite d’être mieux connu, ou même connu tout simplement. 

Ce petit ouvrage est destiné à l’usage de ceux qui savent tout du Mas d’Agenais, son passé, son présent, et son avenir, et mêmement de ceux qui sont conscients de n’en rien savoir, et qui sont avides néanmoins d’acquérir cette connaissance. Ainsi, à l’égard de ceux qui savent déjà tout sur le Mas, ou en tout cas plus que moi, eh bien, je me contenterai de tenter de les divertir, et pour ceux qui en savent moins que moi, je tâcherai de les instruire autant que faire se peut, et de les divertir par la même occasion, car ce n’est pas incompatible, ce me semble.  

A l’occasion, je n’oublierai pas, grâce à des recherches qui m’ont permis de découvrir des faits et des documents oubliés, d’éclaircir quelques mystères historiques. Et peut-être ainsi d’ouvrir des pistes de recherche. 

Une fois le projet imaginé, comment faire ? J’ai longtemps cherché l’approche idoine. Il y a quelques années, une mode est apparue dans l’édition française, celle des Dictionnaires amoureux. 

Une collection de ce nom a même été créée, dans laquelle on trouve par exemple le Dictionnaire amoureux de la Bourgogne, celui du rugby, que sais-je encore ? Je ne vous infligerai pas un dictionnaire de 600 pages, mais plus modestement, des miscellanées, sous forme d’abécédaire, exercice qui permet mieux de dévoiler les différentes facettes de ce village, qui n’est pas encore célèbre, mais le mérite et le sera un jour.


Qui est l’auteur ? Il a préféré se présenter à la fin de l’ouvrage, pour que tous ceux, et ils seront nombreux, qui souhaiteront faire entendre leurs critiques ne le fassent qu’à bon escient, après avoir absorbé tout son travail, de manière à éviter que l’auteur n’aie travaillé en vain et qu’ils ne se prononcent sur une première impression défavorable en critiquant ab irato, comme dirait M. Gaffiot.


Dernier point avant de passer aux choses sérieuses : l’auteur revendique absolument le côté totalement subjectif de son abécédaire. Son but est de vous entretenir du Mas, de manière autant aléatoire qu’historique, humoristique autant qu’alphabétique.

[1] Marcel Proust

A, comme...

Accent
Notion difficile à appréhender, qui m’a incité à me plonger dans Littré, l’ami incomparable, qui définit la chose ainsi : « Inflexion particulière à une nation, aux habitants de certaines provinces. Exemple, accent gascon ». Cette définition, assez sèche, ne rend pas justice aux différents accents qui mettent du piment dans le français « national », lui donnent du charme et l’enrichissent. L’accent gascon vient évidemment de la manière de parler du patois gascon, et en est en quelque sorte la butte témoin dans le français de tous les jours. Donne de la couleur à un français devenu trop rapide, sans accent tonique et mal articulé. L’accent gascon utilise chaque lettre et les met en valeur. Il est plus rugueux, un peu comme un match de rugby.
Alsace
On peut être surpris de rencontrer au Mas, au hasard des rues, une place d’Alsace, une rue de Biesheim, une rue des frères Boellinger, tous noms bien étrangers à la Gascogne.

En 1939, juste après la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, le gouvernement français décide de faire évacuer un certain nombre de localités proches de la frontière allemande, c’est-à-dire en l’occurrence du Rhin. Parmi ces localités se trouvait le village de Biesheim, très proche de Neuf Brisach en France et de Vieux Brisach, de l’autre côté du fleuve. Il est donc ordonné aux habitants de quitter leur village, et beaucoup de ces frontaliers de l’est partent vers le sud-ouest de la France, pour se retrouver le plus loin possible des envahisseurs. Exode face à l’annexion possible, souvenirs douloureux de 14-18. Près d’un millier d’habitants de Biesheim se retrouvent alors, en septembre 1939, au Mas, qui a dû s’organiser en urgence pour les héberger. Après l’armistice, en septembre 1940, l’espoir de retrouver une vie normale dans leurs foyers l’emporte et beaucoup d’entre eux repartent pour leur village, mais en octobre 1940 intervient l’annexion par le Reich de l’Alsace et de la Moselle, qui fait revenir plusieurs familles au Mas, où elles passeront la guerre.

Ces événements dramatiques avaient créé des liens étroits entre les deux villages, et pour éviter que le temps et l’oubli ne les fassent disparaître, les maires des deux villes ont décidé en 1969 de les jumeler, manière de resserrer les liens grâce aux cérémonies et aux voyages réguliers des uns vers les autres.

C’est pourquoi on retrouve dans la ville un saumon d’argent (blason de Biesheim) accompagnant nos 3 mains de justice.
Artisans (et commerçants) disparus
Il faut imaginer la rue de Biesheim, qui n’est qu’une partie de la Grand Rue, et regarder les cartes postales en noir et blanc collectionnées par certains (voir le montage de JY Vincent et P. Parage). On peut aussi examiner les façades des bâtiments de chaque côté de cette rue. On constate facilement que chacun d’entre eux abritait qui une échoppe, qui une boutique, qui un café. Lors des jours de foire la rue était noire de monde... Aujourd’hui plus rien, le dernier commerce, celui de la famille Lespine, a fermé il y a déjà deux ans (en 1960, il figure bien sûr dans mon annuaire « Lespine, fruits et primeurs »).

J’ai sous la main l’Annuaire du département de Lot-&-Garonne, édition de 1960 (170ème année !), « Télé-annuaire du département, administratif, commercial, industriel, agricole, et liste des abonnés au téléphone ». En parcourant cet annuaire, on découvre qu’il y a au Mas, à cette époque pas si lointaine, outre les métiers et professions « classiques », c’est-à-dire épiciers, bouchers, assureurs, garagistes, etc., un afficheur, un bijoutier, un charron, un ferblantier, un greffier-huissier, des peintres en bâtiments et en « voiture », des sabotiers, un tonnelier, et même, ô combien charmant, une « marchande de nouveautés », petit « Au Bonheur des dames » rural.

Aujourd’hui, autour de la halle au blé, nous avons un boucher, deux restaurants et une coiffeuse, qui font tous vivre le cœur commercial du village. Et ce n’est que le début de la renaissance...
Association
Les associations sont les piliers de la vie sociale d’un village. Une fois de plus, à lire les grands anciens, il y en avait beaucoup plus au début du XXème siècle. Et d’ailleurs, à consulter l’Annuaire de 1960 que je cite plus haut, il y avait encore à cette date des associations qui ont disparu depuis. Bien sûr il reste les associations bien installées, historiques, même, comme les Amis du Mugat, l’Amicale laïque, le rugby, les Pompons bleus, etc., et n’oublions pas la plus récente qui n’est pas la moins vaillante, l’association « Rembrandt au Mas ! », de création assez récente, née du souhait de magnifier l’événement que représente le retour du tableau en 2022.

Cet annuaire de 1960 fait état, entre autres, de l’existence d’une association dont le nom « Société le Réveil », et les buts indiqués « tir, gymnastique, préparation militaire », en font une relique émouvante héritière de l’après-guerre. Je veux dire, bien sûr, l’après-guerre de 1870, guerre désastreuse éclipsée par d’autres encore plus dévastatrices, et dont on a oublié le traumatisme qu’elle créa dans l’esprit des Français, qui vivaient encore dans le souvenir magnifié de l’Empire et voyaient leur pays comme une puissance majeure. Le Réveil rappelle l’esprit de la Revanche né dans le sillage de cette guerre. Sous couvert de gymnastique, il s’agissait de préparer les esprits et les corps à la guerre à venir contre l’Allemagne. En tous ses membres sont partis pour le front, et comme beaucoup d’entre eux figurent sur les Monuments aux morts, elle fut mise en sommeil. Elle fut ranimée en 1930, mais pour pratiquer le basket.... on était quand même loin de l’idée d’origine …

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47430 Le Mas-d'Agenais
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47430 Le Mas d’Agenais
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